Mont Soputan
L'un des volcans les plus actifs de Sulawesi, connu pour ses éruptions explosives fréquentes et son profil symétrique.
Le Mont Soputan est un stratovolcan proéminent et très actif situé sur la péninsule de Minahasa dans le nord de Sulawesi, en Indonésie. S’élevant à 1 785 mètres (5 856 pieds), c’est une caractéristique géologique jeune qui domine l’horizon au sud-ouest du lac Tondano. Connu pour ses fréquentes éruptions explosives et son cône symétrique, le Soputan est un exemple classique de la nature volatile de la “Ceinture de feu” dans l’archipel indonésien.
Un géant jeune et symétrique
Géologiquement, le Soputan est un enfant.
- Le lien Tondano : Il a commencé à se former sur le bord sud de l’ancienne caldeira de Tondano, une dépression massive créée par une super-éruption au cours de la période quaternaire. Cet emplacement signifie que le Soputan puise dans un système magmatique résiduel chimiquement évolué.
- L’évent Aeseput : Bien que le cône principal soit parfaitement formé, la plupart de l’activité historique a migré vers un évent parasite sur le flanc nord-est appelé Aeseput. Cet évent a été la source de coulées de lave épaisses et en blocs qui ont scarifié la jungle environnante, créant un contraste saisissant entre la roche noire et la végétation vert émeraude.
- Croissance rapide : En raison de ses fréquentes éruptions, le Soputan est structurellement instable. La zone sommitale change constamment de forme à mesure que les dômes de lave grandissent, s’effondrent et sont reconstruits. Ce changement morphologique rapide fait de la cartographie topographique détaillée une tâche sans fin pour les géologues locaux.
Le cycle du feu : Activité explosive fréquente
Le Soputan est l’un des érupteurs les plus fiables de Sulawesi.
- L’éruption de 2018 : En octobre 2018, peu après qu’un séisme majeur et un tsunami aient frappé Palu dans le centre de Sulawesi, le Soputan a rugi. Il a envoyé une épaisse colonne de cendres à 6 000 mètres (20 000 pieds) dans le ciel. L’éruption était de style vulcanien, caractérisée par des explosions violentes semblables à des coups de canon qui ont éjecté des bombes “croûte de pain” sur les pentes supérieures.
- Danger pour l’aviation : La cendre du Soputan constitue une menace majeure pour l’aviation. L’aéroport international Sam Ratulangi à Manado, la capitale provinciale, est souvent contraint de fermer pendant les éruptions. Le verre volcanique fin peut fondre à l’intérieur des moteurs à réaction, provoquant des pannes.
- Effondrements de dôme : Un danger majeur au Soputan est l’effondrement du dôme de lave en croissance. Lorsque la gravité surmonte la résistance de la roche, le dôme s’effrite, envoyant des coulées pyroclastiques (avalanches chaudes de gaz et de roche) dévaler les ravins. Ces coulées peuvent atteindre des vitesses de 100 km/h et incinérer tout sur leur passage.
L’héritage de la caldeira de Tondano
Le Soputan n’est pas un pic isolé ; c’est le plus jeune enfant d’un titan géologique.
- La super-éruption : Il se trouve sur le bord sud de la caldeira de Tondano, une dépression elliptique massive mesurant 20 sur 30 kilomètres. Cette caldeira a été formée il y a environ 2 millions d’années par une super-éruption cataclysmique qui a éjecté des centaines de kilomètres cubes de magma rhyolitique.
- Résurgence post-caldeira : Le Soputan représente la phase la plus récente du magmatisme dans ce système. Alors que le système principal de Tondano est largement dormant (abritant le magnifique lac Tondano), la source de magma a migré vers le sud, alimentant l’activité fréquente et strombolienne du Soputan. Cette connexion suggère que le réservoir sous-jacent est vaste et durable.
Biodiversité : La transition Wallacea
Le nord de Sulawesi se trouve dans la Wallacea, une zone biogéographique entre l’Asie et l’Australie.
- Le désert noir vs la jungle verte : La zone immédiate autour du cône du Soputan est un “désert volcanique” de sable noir et de scories, hostile à la plupart des formes de vie. Cependant, à quelques centaines de mètres en aval, la forêt tropicale explose de diversité.
- Espèces endémiques : Les pentes inférieures sont l’habitat du Macaque à crête des Célèbes (connu localement sous le nom de Yaki) et du Tarsier spectre, l’un des plus petits primates au monde.
- Plantes pionnières : La cendre volcanique agit comme un engrais naturel. Les espèces pionnières comme le Casuarina (filao) sont les premières à coloniser les coulées de lave fraîches, brisant la roche avec leurs racines et préparant le sol pour le retour de la forêt tropicale. Ce cycle de destruction et de régénération rapide est une marque de fabrique du volcanisme tropical.
L’éruption de 2018 : Une étude de cas
L’éruption d’octobre 2018 offre une fenêtre claire sur le comportement du Soputan.
- Le déclencheur : Les volcanologues pensent que l’éruption a pu être déclenchée ou accélérée par le séisme massif de magnitude 7,5 qui a frappé Palu (centre de Sulawesi) quelques jours plus tôt. Les ondes sismiques ont pu perturber le système magmatique riche en gaz sous le Soputan.
- L’apogée : Le 3 octobre, le volcan est entré en éruption de manière explosive, envoyant une colonne de cendres à 6 km de haut. Le nuage de cendres a dérivé vers l’ouest, perturbant les vols à travers la région.
- La coulée de lave : Après la phase explosive, un dôme de lave visqueux a été extrudé, qui s’est ensuite effondré pour former une coulée pyroclastique qui a parcouru 2,5 km sur la pente nord-est. Heureusement, ce secteur est une forêt inhabitée, donc aucune vie n’a été perdue.
Cadre géologique : La zone de collision
Le nord de Sulawesi est un puzzle tectonique.
- L’arc de Sangihe : Le Soputan fait partie de l’arc volcanique de Sangihe, qui s’étend vers le nord en direction des Philippines. Cet arc est formé par la subduction de la plaque de la mer des Moluques sous la micro-plaque de Sangihe.
- Double subduction : De manière unique, la plaque de la mer des Moluques est subduite des deux côtés—à l’ouest sous Sangihe et à l’est sous Halmahera. Cette consommation rapide de la plaque crée une friction et une fusion intenses, alimentant la forte activité de volcans comme le Soputan, le Lokon et le Karangetang.
La vie à l’ombre du volcan
La relation entre le volcan et la population locale est faite de risques et de récompenses.
- Terres fertiles : La cendre du Soputan est riche en minéraux. Les hauts plateaux de Minahasa sont célèbres pour leurs clous de girofle, leurs noix de coco et leurs fleurs. Le sol est si fertile que les agriculteurs poussent souvent leurs champs haut sur les flancs du volcan, bien dans la zone de danger.
- Mythologie locale : Dans le folklore de Minahasa, les montagnes sont souvent vues comme les demeures des ancêtres. Le Soputan est respecté comme une entité puissante. Des cérémonies traditionnelles sont parfois organisées pour demander la permission avant de récolter dans les hautes forêts ou pour prier pour la sécurité pendant les périodes de troubles.
- Tourisme : Pour les aventuriers, le Soputan offre un trek accidenté. Le paysage près du sommet ressemble à un désert de sable noir. “Camper dans les nuages” près de l’évent Aeseput est une activité populaire pour les clubs d’escalade locaux, qui apprécient le frisson de dormir près d’un cratère actif.
Surveiller la Terre agitée
Le Centre de volcanologie et d’atténuation des risques géologiques (CVGHM), ou PVMBG, maintient un observatoire permanent dans le village de Silian, à environ 10 kilomètres du sommet.
- Écoute sismique : L’observatoire s’appuie fortement sur des sismomètres pour détecter les tremblements de terre “battement de tambour” qui signifient le mouvement du magma.
- Caméras thermiques : Ces dernières années, des caméras thermiques ont été installées pour surveiller la température du dôme de lave. Un pic soudain de chaleur peut indiquer qu’un nouvel évent s’ouvre ou qu’un effondrement est imminent.
- Alerte communautaire : L’agence utilise un système de sirènes et de groupes WhatsApp pour alerter les chefs de village. Si le niveau d’alerte monte au “Niveau III (Siaga)” ou “Niveau IV (Awas)”, les zones d’exclusion sont strictement appliquées et les touristes sont interdits d’entrée dans la zone du parc national.
Escalader le désert noir
Pour les chercheurs d’aventure, le Soputan offre l’une des expériences de trekking les plus uniques d’Indonésie.
- L’approche : Le trek commence généralement au village de Touure ou Pinabetengan. Le chemin initial serpente à travers des forêts de pins et d’épais bosquets de filaos.
- La “Mer de sable” : À mesure que les randonneurs gagnent en altitude, la végétation s’arrête brusquement, remplacée par une vaste étendue de sable volcanique noir. Ce “désert sous les tropiques” exige de l’endurance, car pour deux pas en avant, on glisse d’un pas en arrière.
- Les vues du sommet : La crête sommitale offre une vue panoramique sur le lac de la caldeira de Tondano au nord et le volcan Lokon fumant au loin. Le contraste entre le cratère gris et sans vie et la couverture verte luxuriante de Minahasa qui s’étend en dessous est époustouflant.
Les jardins potagers du danger
La relation entre le volcan et les agriculteurs locaux est complexe.
- Sol volcanique : La cendre du Soputan est riche en phosphore et en potassium. Cela rend les pentes incroyablement fertiles. Les agriculteurs cultivent des oignons nouveaux, des carottes et des choux à des altitudes qui seraient impossibles ailleurs.
- Le calcul du risque : De nombreux agriculteurs ont des champs à l’intérieur de la zone d’exclusion. Ils sont conscients du danger mais choisissent d’y cultiver car les rendements sont doubles ou triples de ceux qu’ils obtiennent dans les basses terres. Lorsque le volcan gronde, ils évacuent temporairement, pour revenir dès que la cendre se dépose pour s’occuper de leurs cultures résilientes.
Conclusion
Le Mont Soputan est un rappel de la puissance brute qui a construit l’archipel indonésien. C’est un bâtisseur de terres et un obscurcisseur de ciel. Pour les habitants du nord de Sulawesi, c’est un compagnon constant—une source de fertilité pour leurs cultures et une menace pour leurs avions. En tant qu’un des nœuds les plus actifs de la Ceinture de feu, il continuera de façonner la géographie et l’histoire de la région pour les millénaires à venir. Son activité sert de laboratoire naturel vital pour les scientifiques tentant de comprendre la mécanique de l’effondrement de dôme et des coulées pyroclastiques dans les environnements tropicaux.