Mont Lokon
Un volcan très actif dans le nord de Sulawesi, en Indonésie, connu pour son activité explosive fréquente et le cratère unique de Tompaluan.
Le Mont Lokon (Gunung Lokon) est un paradoxe géologique : beau, accessible, pourtant dangereusement persistant. Situé près de la ville de Tomohon dans le nord de Sulawesi, en Indonésie, il domine le paysage avec ses pentes vertes douces, qui cachent l’énergie violente piégée dans son cratère actif. Avec son jumeau, le mont Empung, il forme l’un des complexes volcaniques les plus actifs de l’archipel indonésien.
Le cratère Tompaluan : L’évent de la destruction
Contrairement à la plupart des stratovolcans qui entrent en éruption depuis leur plus haut sommet, l’activité principale du Lokon provient d’un évent parasite.
- L’évent en selle : Le Cratère Tompaluan est situé dans la selle entre le pic du mont Lokon et le mont Empung. Ce cratère est une plaie béante dans la terre, d’environ 150 mètres de profondeur et 400 mètres de large.
- Pourquoi ici ? Les volcanologues pensent qu’une faiblesse structurelle dans la croûte entre les deux pics anciens a permis au magma de trouver un chemin plus facile vers la surface que de grimper toute la hauteur du cône principal.
- Dégazage constant : Le cratère Tompaluan n’est presque jamais calme. Il émet constamment un panache de vapeur blanche et de gaz sulfurique, qui peut virer au gris ou au noir en un instant pendant les phases éruptives. Cette “respiration” constante sert de baromètre visuel pour les habitants.
Regarder dans le canon : La ville de Tomohon
Le Lokon est un exemple classique de “volcanisme urbain”. La ville de Tomohon, avec une population de plus de 100 000 habitants, se trouve à seulement 3-4 kilomètres du cratère.
- La Cité des Fleurs : Paradoxalement, le volcan est la raison de la prospérité de la ville. Les fréquentes chutes de cendres au fil des millénaires ont créé un sol si riche en nutriments que Tomohon est célèbre comme la “Cité des Fleurs” (Kota Bunga). C’est un exportateur majeur de chrysanthèmes et d’autres plantes ornementales.
- La vie sur le fil : Les résidents ont développé une résilience culturelle au volcan. Les exercices d’évacuation sont courants. Le bruit sourd d’une explosion est souvent accueilli avec une observation calme plutôt que de la panique, alors que les habitants évaluent la direction du vent pour voir si la cendre touchera leur linge ou leurs cultures.
- Tourisme : Le volcan est une attraction majeure. Les visiteurs peuvent marcher jusqu’au bord du cratère Tompaluan (lorsque le niveau d’alerte le permet). Le sentier serpente à travers d’anciennes coulées de lave qui ont été reconquises par de hautes herbes à éléphant, se terminant à un point de vue où l’on peut regarder directement dans l’abîme fumant.
La crise éruptive de 2011
L’éruption de juillet 2011 a été un test majeur de la préparation de la ville.
- Escalade : En quelques semaines, le volcan est passé du niveau 2 (Waspada) au niveau 4 (Awas). L’activité sismique a grimpé en flèche, indiquant que le magma brisait la roche près de la surface.
- L’explosion : Le 14 juillet, une explosion massive a envoyé un panache de cendres à 1 500 mètres dans le ciel. L’éruption a déclenché des incendies de forêt sur les pentes supérieures en raison de l’éjection de “bombes de lave” incandescentes.
- Évacuation : Plus de 5 000 personnes ont été évacuées de la zone de danger (un rayon de 3 km). L’évacuation a été ordonnée et réussie, avec des écoles et des salles communautaires servant d’abris temporaires. Elle a mis en évidence l’efficacité du système d’alerte précoce du CVGHM.
Le paradoxe de la floriculture
Le danger du Lokon est directement lié à la richesse de Tomohon.
- Engrais volcanique : La cendre du Lokon est riche en potassium et en phosphore. Cet “engrais gratuit” permet aux agriculteurs de cultiver des fleurs qui sont exportées à travers l’Indonésie et même à Singapour.
- Le Festival des Fleurs : Chaque année, Tomohon accueille le Tournoi des Fleurs (TIFF). Des chars décorés de millions de chrysanthèmes cultivés localement défilent dans les rues, souvent avec le volcan fumant en toile de fond. Ce festival est une célébration de la “culture volcanique” unique de la région.
- Risque économique : Une éruption majeure ne menace pas seulement des vies ; elle menace les moyens de subsistance de milliers de personnes. Une forte chute de cendres peut ruiner une récolte de fleurs du jour au lendemain, transformant des lys blancs en gris invendables.
L’histoire de deux éruptions : 1991 vs 2011
Comparer les deux cycles majeurs récents du Lokon révèle son tempérament évolutif.
- 1991 : Cette crise a été marquée par la chute mortelle d’une chercheuse suisse, Vivianne Clavel, dans le cratère quelques semaines seulement avant l’éruption principale. Le paroxysme ultérieur a tué un touriste suisse et forcé 6 000 évacuations. Ce fut un signal d’alarme pour de meilleures zones de sécurité.
- 2011 : Cette éruption était plus importante en termes de volume de cendres mais n’a fait aucun mort. Pourquoi ? Parce que la surveillance s’était améliorée. Le CVGHM a détecté l’essaim sismique tôt, et le gouvernement local a appliqué strictement la zone d’exclusion. Elle est considérée comme une réussite modèle pour la gestion des risques volcaniques dans une zone densément peuplée.
L’énergie de la Terre : Lahendong
Le Lokon n’est pas seulement un destructeur ; c’est une centrale électrique.
- Champ géothermique : Juste au sud du volcan se trouve le Champ géothermique de Lahendong. Ici, la chaleur de la même chambre magmatique qui alimente le Lokon est exploitée pour produire de l’électricité.
- Énergie verte : La vapeur des puits profonds souterrains fait tourner des turbines qui alimentent une partie importante du réseau du nord de Sulawesi. Cela démontre l‘“épée à double tranchant” de la vie sur la Ceinture de feu : la même chaleur géologique qui peut brûler une ville éclaire aussi ses maisons.
Le marché extrême
Tomohon est célèbre—ou tristement célèbre—pour son marché traditionnel, Pasar Beriman.
- Abondance volcanique : La section avant du marché est un étalage coloré des bénédictions agricoles du volcan : piments, oignons verts, citrouilles et les fameux chrysanthèmes. La taille et la qualité des produits sont des résultats directs du réapprovisionnement en nutriments par les cendres du Lokon.
- La section “Extrême” : L’arrière du marché vend des viandes “extrêmes” (viande de brousse) comme des chauves-souris, des pythons et des rats de forêt. Bien que controversé aux yeux des Occidentaux, c’est une partie profondément enracinée de la tradition culinaire Minahasa. Le marché se trouve dans la ligne de mire directe du volcan, un centre de commerce animé sous le pistolet fumant.
Le son du bois et du feu
La culture autour du Lokon n’est pas seulement visuelle ; elle est auditive.
- Musique Kolintang : La région de Minahasa est célèbre pour le Kolintang, un instrument de percussion traditionnel fait de bois local. Ces xylophones en bois sont souvent utilisés lors de cérémonies pour honorer les esprits des montagnes. Le bois utilisé pour les touches doit être léger mais résonnant, et les meilleurs arbres pour cela poussent souvent sur les pentes fertiles et enrichies en cendres de volcans comme le Lokon. La musique elle-même—rapide, joyeuse et complexe—reflète l’esprit vibrant et résilient des gens qui vivent dans cette zone à haut risque.
Randonnée sur le Lokon : Un guide pour les braves
Pour ceux qui souhaitent se rapprocher de la bête, la randonnée vers le Lokon est une expérience inoubliable.
- Le début du sentier : Le sentier part d’une ancienne carrière de coulée de lave à Kakaskasen. Ce n’est pas un parc ; c’est un “chemin de moindre résistance” remontant le lit sec d’un canal de lahar.
- La “Mer d’herbe” : La section médiane de la randonnée traverse de hautes herbes à éléphant (Saccharum ravennae) qui peuvent pousser à plus de 2 mètres de haut. Cette herbe colonise les anciens dépôts de coulées pyroclastiques. C’est un tunnel vert chaud et humide qui s’ouvre soudainement sur le paysage lunaire stérile et rocheux du bord du cratère.
- La vue : À la selle, les randonneurs sont récompensés par une vue dans le cratère Tompaluan—un évent rugissant et sifflant incrusté de cristaux de soufre jaune vif. Au nord, la vue s’étend sur la ville de Tomohon jusqu’à l’île de Manado Tua dans la mer.
Géologie et tectonique
Le Lokon fait partie de l’arc volcanique de Sangihe.
- Usine de subduction : Cet arc est alimenté par la subduction de la plaque de la mer des Moluques. La chimie du magma du Lokon est andésitique, ce qui est assez visqueux pour piéger le gaz et provoquer des explosions, mais assez fluide pour produire occasionnellement des coulées de lave.
- Le système jumeau : Le mont Empung, le jumeau plus âgé (1 340 m), est maintenant dormant, ayant un lac de cratère à son sommet. Le déplacement de l’activité vers la selle suggère une migration du système de plomberie magmatique au cours des derniers milliers d’années.
Surveiller le pouls
L’Observatoire du volcan Lokon à Kakaskasen est le centre névralgique de la sécurité.
- Données en temps réel : Les scientifiques surveillent les graphiques sismiques en temps réel (RSAM) pour détecter les signaux de “trémor” spécifiques qui précèdent une éruption.
- Déformation : Des inclinomètres sur les flancs mesurent le gonflement de la montagne. Avant une éruption, la montagne gonfle littéralement comme un ballon lorsque le magma remplit le réservoir.
- Vérifications visuelles : Des caméras pointées sur le cratère fournissent une confirmation visuelle 24h/24 et 7j/7 de la hauteur et de la couleur du panache, cruciale pour valider les données sismiques.
Conclusion
Le mont Lokon est un voisin qui ne peut être ignoré. Pour les habitants de Tomohon, c’est un fournisseur de sol fertile et une attraction touristique. Mais c’est aussi un dragon endormi qui se réveille occasionnellement pour rappeler à tous qui possède vraiment la montagne. La coexistence de la ville fleurie animée et du cratère fumant témoigne de la relation complexe entre l’humanité et les forces géologiques de l’Indonésie.