Iztaccíhuatl
La 'Femme Endormie' du Mexique. Un volcan endormi imprégné de la légende aztèque, offrant de l'alpinisme de haute altitude et des glaciers en recul près de Mexico.
Iztaccíhuatl (prononcé is-tak-si-watl), souvent appelé affectueusement “Izta”, est la troisième plus haute montagne du Mexique, s’élevant à 5 230 mètres. Son nom vient de la langue nahuatl, signifiant “Femme Blanche” (iztac = blanc, cihuatl = femme). Alors que son voisin, le fougueux Popocatépetl, fume et gronde juste au sud, Iztaccíhuatl dort dans un silence glacé.
Si vous regardez la montagne depuis l’ouest (Mexico) ou l’est (Puebla), le contour est indubitable : il forme la silhouette d’une femme endormie allongée sur le dos. Selon l’angle, on distingue clairement sa tête (La Cabeza), sa poitrine (El Pecho), ses genoux (Las Rodillas) et ses pieds (Los Pies). Cette géographie unique a tissé la montagne profondément dans le tissu culturel du Mexique.
La Légende Tragique de Popo et Izta
On ne peut pas parler d’Iztaccíhuatl sans raconter la plus célèbre histoire d’amour du folklore mexicain — le “Roméo et Juliette” aztèque.
La légende raconte qu’Iztaccíhuatl était une belle princesse, fille d’un puissant empereur aztèque. Elle tomba amoureuse de Popocatépetl, un guerrier courageux et beau. L’empereur accepta leur mariage, mais seulement si Popocatépetl revenait victorieux d’une guerre contre leurs ennemis (souvent cités comme les Tlaxcaltèques).
Pendant que Popocatépetl était au combat, un rival jaloux raconta à la princesse que son bien-aimé était mort au combat. Écrasée par le chagrin, Iztaccíhuatl pleura jusqu’à ce que son cœur s’arrête et elle mourut. Lorsque Popocatépetl revint triomphant, il trouva son amour mort.
Pour l’honorer, il ordonna la construction d’un grand tombeau sous le soleil. Il porta son corps au sommet d’une chaîne de montagnes et la déposa. Les dieux, émus par leur amour tragique, transformèrent les humains en montagnes. Iztaccíhuatl devint la “Femme Endormie”, couverte de neige éternelle. Popocatépetl devint le volcan fumant, montant la garde sur elle avec une torche qui ne s’éteint jamais (les fumerolles), veillant éternellement sur son amante endormie.
Géographie et Glaciers
Géologiquement, Iztaccíhuatl est un complexe volcanique massif composé de plusieurs cônes superposés qui ont grandi sur près d’un million d’années. Contrairement au Popocatépetl conique, Izta est allongé et massif, avec un volume d’environ 450 kilomètres cubes.
La Glace qui Disparaît
Iztaccíhuatl est l’un des rares sommets au Mexique qui abrite encore des glaciers, avec le Pico de Orizaba et (rarement maintenant) le Popocatépetl. Cependant, ce sont des glaciers tropicaux, et ils meurent.
- Le Glacier d’Ayoloco : Autrefois un champ de glace proéminent sur le ventre de la montagne, il a été déclaré éteint en 2021. Une plaque y a été placée indiquant : “Ici existait le glacier d’Ayoloco… Une honte de vous donner ce message, mais c’est pour que vous sachiez ce qui s’est passé ici.”
- État Actuel : Seuls quelques plaques de glace permanente subsistent près du sommet et sur les pentes nord. Les scientifiques prédisent que d’ici une décennie ou deux, la “Femme Blanche” pourrait perdre son linceul blanc pour toujours en raison du changement climatique.
Alpinisme : L’Ascension de la Femme Endormie
Pour les alpinistes, Iztaccíhuatl est le premier terrain d’entraînement au Mexique. Il offre une véritable expérience de haute altitude sans la difficulté technique de l’escalade pure ou la volatilité d’une éruption active. Cependant, ce n’est pas une randonnée ; c’est une entreprise d’alpinisme sérieuse.
La Route : La Arista del Sol (La Crête du Soleil)
La route standard (“La Arista del Sol”) est une longue randonnée physiquement exigeante qui traverse le “corps” de la femme endormie.
- La Joya (3 900 m) : Le début du sentier. Une zone de stationnement accessible en voiture. Les grimpeurs commencent ici, traversant des forêts de pins de haute altitude et des pentes herbeuses (zacatonal).
- Primer Portillo & Segundo Portillo : Ces traversées d’arêtes offrent les premières vues imprenables sur le Popocatépetl fumant au loin. Le vent ici peut être féroce.
- Refugio de los Cien (4 720 m) : Une cabane en tôle (souvent en mauvais état) située dans la section des “genoux” ou juste en dessous. Elle sert d’abri d’urgence mais n’est pas un endroit confortable pour dormir.
- Las Rodillas (Les Genoux - 5 050 m) : Une montée raide mène au sommet des genoux. Ici, vous rencontrez les restes des glaciers. L’air est raréfié (50 % de l’oxygène disponible au niveau de la mer).
- La Arista : Une longue traversée ondulée à travers le ventre. C’est mentalement la partie la plus difficile — vous pouvez voir le sommet (Les Seins) au loin, et il y a plusieurs faux sommets.
- El Pecho (Le Sommet - 5 230 m) : Le point culminant. La vue est incomparable. Au sud, le Popocatépetl domine le ciel. Par temps clair, vous pouvez voir le Pico de Orizaba (Citlaltépetl) à l’est et l’étalement de Mexico à l’ouest.
Défis
- Mal de l’Altitude : C’est la cause n°1 des tentatives de sommet échouées. Les grimpeurs doivent s’acclimater. Passer une nuit au Paso de Cortés ou à l’Altzomoni Lodge (4 000 m) est fortement recommandé.
- Météo : Les tempêtes peuvent arriver rapidement depuis le golfe du Mexique. Les jours blancs sont fréquents sur le glacier, et la foudre est un danger mortel sur les crêtes exposées.
- Durée : C’est une très longue journée. Une poussée typique vers le sommet commence à 2h00 du matin et prend de 10 à 14 heures aller-retour.
Informations Pratiques
- Emplacement : Parc National Izta-Popo Zoquiapan, à environ 70 km au sud-est de Mexico.
- Permis : Vous devez vous inscrire au bureau du parc à Amecameca ou au centre d’accueil de Paso de Cortés. Une somme modique est demandée.
- Meilleure Saison : La saison sèche s’étend de novembre à mars. Elle offre les vues les plus claires et le temps le plus stable, bien qu’il fasse aussi le plus froid. De mai à octobre, c’est la saison des pluies, apportant de la neige à haute altitude mais généralement une mauvaise visibilité.
- Sécurité : Bien qu’Iztaccíhuatl soit considéré comme “inactif”, son voisin Popocatépetl est violemment actif. Le col entre les deux (Paso de Cortés) est sûr, mais l’escalade du Popo est strictement interdite. Vérifiez toujours le statut d’alerte volcanique (Semáforo de Alerta Volcánica) avant de vous rendre au parc.
Conclusion
Iztaccíhuatl est plus qu’une montagne ; c’est un monument à l’amour et à la perte. L’escalader donne l’impression de traverser un mythe. En crissant sur les derniers vestiges de sa glace ancienne, en écoutant le vent hurler sur les crêtes, vous comprenez pourquoi les Aztèques voyaient la divinité dans ces sommets. C’est un lieu de silence profond, de beauté et d’altitude qui défie le corps et remue l’âme.