Askja : Le paysage lunaire d'Islande
Cachée dans les montagnes désolées de Dyngjufjöll, Askja est une immense caldeira qui ressemble à une autre planète. Célèbre pour son cratère de baignade chaud, Viti, et son rôle dans l'entraînement des astronautes.
Au cœur des Hautes Terres islandaises, là où les routes se transforment en gravier et où la végétation disparaît, se trouve un endroit qui ne ressemble pas à la Terre. Askja n’est pas seulement un volcan ; c’est un ensemble imbriqué de caldeiras au sein des montagnes Dyngjufjöll, un lieu d’une beauté austère et désolée qui captive les explorateurs, les scientifiques et les astronautes depuis plus d’un siècle.
Cette nature sauvage isolée est définie par deux choses : le lac bleu saphir massif Öskjuvatn (le lac le plus profond d’Islande) et le petit cratère d’explosion bleu laiteux Viti (« Enfer »), où les touristes courageux se baignent dans les eaux géothermiques au bord d’un volcan actif.
Contexte géologique : La Zone Volcanique Nord
Askja est le volcan central d’un système volcanique massif dans la Zone Volcanique Nord.
- Le complexe de la caldeira : « Askja » fait en réalité référence à la caldeira elle-même (le mot signifie « boîte » ou « caldeira » en islandais). Le complexe a été formé par de multiples effondrements du toit de la chambre magmatique sur des milliers d’années.
- L’effondrement de 1875 : La caldeira principale que nous voyons aujourd’hui a été largement façonnée par un événement catastrophique en 1875. Le sol s’est effondré et la dépression s’est remplie d’eau souterraine, créant le lac Öskjuvatn.
Histoire éruptive : Le désastre de 1875
Pendant la majeure partie de l’histoire de l’Islande, Askja était inconnue, cachée dans l’intérieur inaccessible. Cela a changé en 1875.
La grande chute de cendres
En mars 1875, une éruption plinienne massive a projeté des téphras (cendres et pierre ponce) haut dans l’atmosphère.
- Impact sur l’Islande : Le vent a soufflé les cendres toxiques vers l’est, ensevelissant les fermes des Fjords de l’Est. La dévastation a été si grave qu’elle a déclenché une vague d’émigration massive. De nombreux Islandais ont quitté leurs foyers pour toujours, s’installant dans la « Nouvelle-Islande » au Canada (Manitoba).
- Portée : Le nuage de cendres a voyagé jusqu’en Norvège et en Suède, déroutant les Scandinaves qui se sont réveillés avec de la poussière grise sur leurs fenêtres.
L’éruption de 1961
La dernière éruption s’est produite en 1961. C’était une éruption fissurale sur le bord nord de la caldeira. Elle était beaucoup plus petite et plus « touristique » (coulées de lave effusives) que l’événement explosif de 1875. Le champ de lave de cette éruption, Vikrahraun, est encore d’un noir absolu et dépourvu de mousse.
La connexion avec la NASA : Entraînement pour la Lune
Dans les années 1960, la NASA préparait les missions Apollo. Ils avaient besoin d’un endroit sur Terre ressemblant à la géologie de la Lune — stérile, volcanique et géologiquement jeune. Ils ont choisi Askja.
- Les astronautes : Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont marché sur ces champs de lave avant de marcher sur la Lune. Ils ont étudié la géologie pour apprendre à identifier différents types de roches.
- L’héritage : Aujourd’hui, un monument se dresse dans les hautes terres pour commémorer cette connexion. Lorsque vous regardez l’étendue rocheuse grise d’Askja, il est facile de voir pourquoi la NASA l’a choisie. C’est un monde extraterrestre.
Dangers : Le dragon endormi
Askja est calme depuis 1961, mais il n’est pas mort.
- Agitation (2023-2024) : Ces dernières années, la terre autour d’Askja s’est élevée (gonflée) à un rythme rapide — plus de 70 cm en deux ans. Cela indique que le magma s’accumule à faible profondeur (2-3 km).
- Le lac : À l’hiver 2023, la glace du lac Öskjuvatn a fondu de manière inattendue, probablement en raison de l’augmentation de la chaleur géothermique provenant du fond.
- Statut : Le volcan est actuellement en alerte « Jaune ». Une nouvelle éruption pourrait se produire avec peu d’avertissement, potentiellement explosive en raison de l’interaction avec l’eau du lac.
Tourisme : Voyage au centre de nulle part
Visiter Askja est une entreprise sérieuse. Il est situé au nord du glacier Vatnajökull et n’est accessible que pendant les mois d’été (de fin juin à septembre).
La route (F88 / F905 / F910)
Il n’y a pas de route goudronnée. Vous devez emprunter des « routes F » (pistes de montagne).
- Traversées de rivières : L’itinéraire implique de traverser des rivières glaciaires sans pont, dont la célèbre Lindaá. Les petits SUV s’y noient souvent. Vous avez besoin d’un vrai 4x4 avec une garde au sol élevée (comme un Land Rover Defender ou un Toyota Land Cruiser modifié).
- Le désert : Vous conduisez pendant des heures à travers l’Ódáðahraun (« Lave des méfaits »), un vaste désert noir où les hors-la-loi avaient l’habitude de se cacher.
La randonnée
Depuis le parking de Vikraborgir, c’est une randonnée de 2,5 km à travers les champs de pierre ponce noire jusqu’au lac.
- Viti : La récompense est Viti. C’est un cratère d’explosion aux parois abruptes rempli d’eau bleu sarcelle opaque. L’eau est à environ 25 °C. Descendre les berges boueuses et glissantes pour se baigner est une expérience unique, mais soyez prudent — le chemin est raide et l’odeur de soufre est forte.
- Öskjuvatn : Derrière Viti se trouve le vaste Öskjuvatn. Il fait 220 mètres de profondeur. Il est froid, menaçant et magnifique.
Le mystère de 1907 : Disparus sans laisser de trace
Askja a une histoire sombre. En 1907, deux scientifiques allemands, Walter von Knebel et Max Rudloff, ont visité le lac pour l’étudier. Ils sont sortis sur l’eau dans un petit bateau et n’ont plus jamais été revus.
- La recherche : La fiancée de von Knebel, Ina von Grumbkow, a mené une expédition l’année suivante pour les retrouver, mais aucune trace n’a jamais été trouvée.
- Les théories : Le bateau a-t-il chaviré à cause d’un mauvais temps soudain ? Ont-ils été tués par une libération soudaine de gaz du fond du lac ? Ou un éboulement les a-t-il écrasés ? Le mystère reste entier, ajoutant une aura fantomatique au lac bleu silencieux.
La connexion Holuhraun de 2014
Askja n’agit pas seul. En 2014, une éruption massive s’est produite à Holuhraun, située juste au nord de la calotte glaciaire de Vatnajökull.
- Le lien : Les scientifiques ont découvert que le magma alimentant l’éruption de Holuhraun provenait en fait du volcan Bárðarbunga, mais il a voyagé latéralement à travers la croûte, passant dangereusement près de la chambre magmatique d’Askja.
- Transfert de stress : Cet événement a secoué les fondations d’Askja, et les scientifiques pensent que les changements de stress de 2014 pourraient être l’une des raisons pour lesquelles Askja gonfle aujourd’hui.
Guide photographique : Capturer le monde extraterrestre
Askja est le rêve d’un photographe, mais cela met votre équipement au défi.
- La photo de Viti : La photo classique consiste à regarder le cratère Viti depuis le bord, avec le vaste lac bleu Öskjuvatn derrière lui. Un objectif grand angle (16-24 mm) est essentiel pour faire tenir les deux lacs dans le cadre.
- Météo : Soyez prêt pour une météo spectaculaire. Les tempêtes de pluie balayant la caldeira peuvent créer des arcs-en-ciel incroyables, mais menacent également votre équipement. Apportez une housse de pluie.
- Le désert noir : Sur le trajet, arrêtez-vous pour photographier l’Ódáðahraun. Le sable noir sans fin contre le ciel gris crée une esthétique minimaliste et artistique.
Conseils pratiques pour le voyage
- Vérifiez l’état des routes : Vérifiez toujours road.is avant de partir. Les gardes forestiers ferment les routes si les rivières sont trop hautes.
- Carburant : Il n’y a pas de stations-service dans les hautes terres. Faites le plein à Mývatn ou Egilsstaðir et emportez un jerrican de rechange si vous n’êtes pas sûr de l’autonomie de votre véhicule.
- Vêtements : Même en juillet, il peut neiger à Askja. Habillez-vous par couches : couche de base en laine, polaire et coquille imperméable. Ne portez pas de jeans.
Conclusion : Le cœur sauvage
Askja est l’endroit le plus sauvage d’Islande. Il est loin de la route circulaire, loin des circuits en bus et loin de la sécurité. C’est un endroit qui exige respect et préparation. Mais debout sur le bord de la caldeira, regardant l’œil bleu laiteux de Viti, vous ressentez la puissance brute et indifférente de la nature comme nulle part ailleurs.